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Traverse

Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse Traverse, argile, oxydes, fer, drap de lin, la mine, Abbaretz, 1992
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Photographie mine d'Abbaretz (44) Traverse photographie argentique, la mine d'Abbaretz 1987
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap à la mine d'Abbaretz (44) Drap in situ 1990 la mine d'Abbaretz
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap à la mine d'Abbaretz (44) Drap traversé par l'eau du ruisseau, mine d'Abbaretz 2000
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Enlèvement d'un drap in situ Enlèvement d'un drap in situ 2005
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - initiales inversées Initiales inversées
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap et photo après la pluie Drap et photographie après la pluie 1998 - 2,10m/1,10m
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap oxydé tendu sur cadre métallique - Cholet (49) - 2021 Traverse drap oxydé tendu sur cadre métallique musée du textile Cholet 2021
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap suspendu à Les Herbiers (85) Drap suspendu le lavoir Les Herbiers 2007
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap oxydé détail Drap oxydé détail
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Les draps - Châteaubriant (44) Les draps maison de l'ange Châteaubriant 2003
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Drap tendu sur cadres en bois à Châteaubriant (44) Drap tendu sur 4 cadres en bois maison de l'ange Châteaubriant 2003
Sofie Vinet - Histoires de Femmes - Traverse - Raccommodage drap à Nozay (44) Raccomodage sur Traverse, l'atelier 2021

Traverse les draps

Ce travail, in situ, sur la mine d’Abbaretz (44) a nourri mes premières recherches artistiques.
Traverse est le sujet de ma maîtrise universitaire en 1993.

Profondément ancrée dans la ruralité et dans un rapport étroit avec la terre, la vie m’amène à vivre au pied du terril d’Abbaretz. La menace d’une décharge de produits industriels me pousse, en parallèle d’actions avec l’association Vitamine, à montrer la beauté du lieu et la vie qui l’habite. Traverse est ma première exposition de photographies en 1990, lors d’une action associative pour sauver la mine d’Abbaretz.

Pendant de nombreuses années, mes aller/retours sur ce site vont s’inscrire dans mon quotidien.

Après avoir tenté de fixer l’instant dans mes photographies, je cherche comment faire arrêt sur image, comment garder trace du mouvement de l’eau du ruisseau qui traverse le site, sans appareil photo, sans procédé chimique.

Alors je cadre et dépose le drap blanc dans le fond du ruisseau et j’attends la révélation de l’image. L’eau dépose des particules de fer, d’argile, des oxydes. Le drap devient le support de l’empreinte du travail de la terre. Peu à peu il se colore dans un processus de stratification. Il s’incorpore au milieu, et devient partie du paysage. Au fur et à mesure de mes allers-retours sur le site, des jours et mois qui passent, le drap prend corps. Il fait peau neuve. Il s’étire, se rétracte, se déchire. La nature le ronge, l’imprime, le métamorphose. Je vais, je reviens. Je le cherche le retrouve, le déterre le retire. Je l’ex-trais. Je lui redonne naissance.
Ce processus peut prendre 2 mois comme 2 ans.

Ce sont les draps de lin de ma grand-mère Marie-Louise.
Il faudra ce processus de stratification, d’empreinte et de trace, pour que je réalise que ces draps sont brodés de ses initiales GV (Girard son nom de jeune fille, Vinet, son nom d’épouse), les mêmes initiales que les miennes VG (Vinet mon nom et Guérin nom de mon mari) mais inversées. C’est la 1ère fois que je regarde les initiales brodées en rouge. C’est un acte fondateur dans ma recherche artistique qui s’ensuivra de tout mon travail au fil rouge.
J’ai posé le drap de Marie-Louise, et je retire le drap de Sofie.
Stratification, révélation, incarnation. Je rentre dans la filiation des gestes de femmes qui s’occupent du linge familial, qui le lave, le plient, l’étendent. Le drap est linge universel, intemporel, qui nous enveloppe, nous protège, nous cache. Lieu de naissance et de mort, de jouissance et de violences. Le drap substitue l’humanité sur le site de la mine d’Abbaretz. Il en révèle la présence et l’absence.

Ces draps sont les traces du mouvement de l’eau dans, sur et par la terre, à un moment T. Objets extrêmement précieux par leur sobriété et leur force naturelle. Ils sont la trace de mon partenariat avec la nature.

Certains draps sont ressortis de terre déchirés, troués par des oxydes minéraux et végétaux. C’est là qu’a commencé mon travail de raccommodage, qui induira ensuite le travail de la broderie de textes.