Faire de ma propre écriture manuscrite un matériau. L’écriture, la poésie, l’acte d’inscrire dans la matière, nourrissent cette série de textes brodés.
Je deviens écriveuse, celle qui, comme le scribe, transcrit dans la matière les mots, les émotions, les pensées, les joies et les peines. Ainsi je brodécris.
L’écriture prend corps, elle s’incarne par le fil. Avec le crayon puis l’aiguille, l’écriture manuscrite se fait résistance face à une technologie toujours plus puissante et rapide.
Résistance du geste de la main, ode à la lenteur, au silence du geste, au prolongement de la main, du corps dans cet acte de brodécrire.
Broder, intégrer, méditer. Faire corps avec le temps, la matière, la pensée.
Et puis les mots s’insurgent, sortent des livres et des écrans. Suspendus dans une médiathèque, un jardin ou dans un espace d’exposition, ils nous font face, sortent du rang. Broder ce n’est pas enjoliver, c’est aller à l’essentiel.
Et il y a ce rouge.
Rouge carmin, rouge sang, rouge vie, rouge joie, rouge chaleur, rouge vivacité, rouge amour, rouge colère, rouge résistance, rouge filiation, rouge menstrues, rouge femme, rouge plaisir, rouge.
Je brodécris depuis 2005, et c’est un travail toujours en devenir. Le fil rouge n’a pas fini de courir, de vriller, de se nouer.
J’ai encore besoin de le tirer, d’écouter et transcrire nos résistances enfouies au creux de notre société patriarcale.
