Une démarche
Après avoir passé un CAP de coiffure, je deviens Madame Filosa artiste coiffeuse. En 2011 j’ouvre mon atelier à la population et propose une rencontre entre l’art et les gens, en les touchant dans leur vie ordinaire, dans cet acte du quotidien d’aller chez sa coiffeuse.
Devant le grand miroir chaque personne devient figurin ou figurine, la figure in, dans, et devient acteurice dans une aventure artistique.
Dans un commun accord, je coupe, colore, modèle la chevelure, transforme le vivant. Les mains dans les cheveux j’écoute, l’épi retors et la calvitie naissante, le cheveu rebelle ou les maux de l’âme, amenant la personne à se réconcilier avec son image et son histoire.
J’accompagne la transformation.
Lielles font aussi le choix de venir se faire couper les cheveux à l’atelier dans un engagement écologique. Je pratique une coiffure bio et durable et m’engage dans un soin éthique.
Cette recherche autour du cheveu puise ses racines dans les histoires de vie individuelles et fait résonner les mémoires collectives. Filiation, transmission, reconnaissance et place de chacun.e dans la communauté sont au cœur de ce travail.
Témoin de notre activité dans un espace temps donné, de notre identité génétique, le cheveu porte nos héritages familiaux, éducatifs et culturels. De la princesse Raiponce aux jeunes indiennes enfermées, des tas de cheveux dans les camps nazis à la rousse et libre sorcière et à la « tondue » de la libération, le cheveu nous conte l’oppression, l’humiliation, les ségrégations et différences de genre qui persistent, le dictat du paraître. C’est aussi l’image de soi et le regard des autres, la séduction, les postures sociales, l’appartenance à des groupes. Le cheveu témoigne du formidable besoin de liberté d’être, de l’affirmation de soi et la recherche profonde de notre identité.
Si la coiffeuse dessine le portrait éphémère, l’artiste garde trace de ce moment intime qu’est le soin capillaire.
Alors je collecte les traces de celleux passés à l’atelier et les consigne ; mèches, photos, nids de cheveux, paroles et fleurs brodées, des émotions, des histoires, des images et des mots, des voix et ambiances sonores de l’atelier. Modestes, elles sont patiemment répertoriées et reliées par une force de vie. Je les rassemble dans des inventaires pour ensuite les donner à voir, lors des expositions.
Madame Filosa accompagne chacun dans sa singularité et dans sa propre transformation tout en façonnant un portrait collectif du territoire. Contributeurs du projet, les gens inscrivent leur présence dans ce lieu où l’art devient un soin, tant intime que social.



