Septembre 2018 à avril 2020
À partir de septembre 2018, je confectionne une boule de cheveux avec ceux coupés et tombés au sol, après la plupart des coupes. Je répète inlassablement cette suite de gestes ; rassembler les cheveux coupés au sol, les modeler en pelote entre mes mains, placer la pelote sur une coupelle, la nommer, la dater, la nettoyer à la sauge.
Cette collection se fait sur un an et demi, entre septembre 2018 et avril 2020. Elle rassemble à peu près 400 pelotes dans les vitrines.
Finalement je choisis pour cette collection de ne pas accompagner la pelote avec prénom et date du prélèvement. Ce sera d’abord la notion de communauté qui primera.
Elle est présentée dans deux vitrines anciennes en bois et verre.
La première vitrine
H 112 cm x L 59 cm x P 29 cm
La première vitrine représente le monde d’avant la pandémie du covid dans une accumulation douce et joyeuse ; une société où nous pouvions nous lover les un.e.s contre les autres, nous pelotonner contre l’Autre, chacun.e avec nos différences. C’est la représentation d’une communauté où chaque personne est acceptée par le groupe telle qu’elle est, blanche, rousse, brune, marronnée, blonde, petite, grosse, légère ou lourde. Chacune à sa place et constitutive du groupe.
La seconde vitrine
H 118 cm x L 67 cm x P 31 cm
Collectées également entre septembre 2018 et juin 2019, chaque pelote correspond à une personne venue se faire couper les cheveux à l’atelier de Madame Filosa.
Il en résulte dans cette vitrine, d’une société d’avant la crise sanitaire, une société déjà très policée. Chaque pelote / personne est catégorisée, triée, calibrée. Nous sommes dans la séparation, la différenciation. Il s’agit de mettre chacun.e dans une case et de ne pas se mélanger.
Cette séparation et catégorisation de la population du monde d’avant préfigurait la politique de crise qui sépare et isole les individus, détruisant la notion communautaire.
Il y a eu celleux qui soignent, qui travaillent en caisse ou dans les champs, et le reste du monde. Puis les personnes avec un métier essentiel, et d’autres non-essentiel. Et encore, les vacciné.es et les non-vacciné.es.
