Travaux de recherches sur le site de la mine d’Abbaretz (44) en 1994, donnant lieu à mon diplôme universitaire le DEA d’arts plastiques à Rennes 2 Haute Bretagne.
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Rencontre intime avec l’essence du monde.
« C’est la première fois que je passe des heures sur la mine, au même endroit.
Jusqu’à maintenant ma présence sur le site était déambulatoire. Les arrêts brefs, justifiés par une prise de vue, la mise en place, l’observation ou le retrait d’un drap. Depuis que je creuse la terre, je me suis sédentarisée en 3 points, dans la zone marécageuse, au nord du terril…
Après une absence de quelques jours j’ai repris le chemin de la mine ce matin. L’eau est présente sur et sous la terre. Le sol a beaucoup travaillé, mes travaux avec. Les trous se sont remplis d’eau, les traces d’écumes restées en suspend sur les parois. Les trous se sont arrondis, les angles atténués. Les strates sont recouvertes d’une fine coulée de sable orange et gris. Les tas se sont tassés.la surface du sol, au bord des découpes commence à bouger, à se fissurer.
La pluie et le vent ont accéléré le travail du temps. L’altération est là.la fragilité de l’œuvre prend toute sa dimension.
Tant que l’altération était invisible, l’œuvre restait mienne. Désormais elle suit son propre chemin avec les forces de la nature. J’abandonne l’œuvre à son éphémérité et à sa propre vie.
J’ai choisi le travail dans et avec la nature. Aujourd’hui ni cœur ni corps, simplement des forces. L’éphémère est la démonstration de la vie qui coule et qui bouleverse l’ordre des choses vers un devenir sans fin…
Oui cette terre devient nourricière.au fil des jours un dialogue s’établit entre nous. J’aime ce sol, ce lieu. Ce que la terre me donne je le transforme. Chaque fois que la pelle s’enfonce c’est pour grossir le tas. Chaque fois que l’acier tranche c’est pour révéler la beauté intérieure du sol avec ses strates lumineuses. Le lieu me donne le matériau, moi j’apporte l’énergie, le geste, l’outil et la forme, que je lui laisse, périssable, telle l’offrande à la divinité…
Il y a toujours cette menace qui vient d’autrui, les motards, les promeneurs et un éventuel projet de parc d’attraction.je me demande si ce n’est pas cela qui me pousse dans ma démarche, dans mon art, dans ma connaissance intuitive et non scientifique ? Ma création exprime mon engagement avec la terre. »
Extraits de mon journal de travail – 1994
Les œuvres n’ont pas été abîmées par les motards ; ils ont tourné autour mais jamais ils n’ont traversé les 3 pièces.
Le parc d’attraction ne s’est pas réalisé. Le site a été acheté en partie par la commune d’Abbaretz (44) et le département quelques années plus tard et aménagé avec sentiers.
Depuis quelques années le site est « occupé » par une entreprise de travaux pour analyser et dépolluer l’eau. Il est « défiguré » par ces installations.
Je ne m’y rends plus qu’occasionnellement lors d’une promenade. Je constate les transformations et j’en suis triste. Le site n’est plus voué à sa propre transformation.
