EX à l’extérieur de soi
Cision coupure d’une partie de soi
Coutume couture
Perte de son entièreté féminine
EXIT le plaisir féminin
Cette recherche commence début 2020 alors que je prépare la venue en ma demeure de la lecture musicale Ritue!s de la compagnie Bulles de Zinc.
Broder une pièce s’impose à moi pour accompagner cette lecture.
Mais comment représenter l’impensable de cette coutume ancestrale ? Je n’ai jusqu’alors brodé que des mots.
Recherches sur internet, j’ai mal à mon corps.
Je dessine. Je fouille dans mes stocks de vieux draps de lin et de chanvre et découvre trois robes anciennes. Elles correspondront aux trois types les plus courants de l’excision.
J’enfile les robes, plaque ma main sur mon sexe. C’est là, à cet emplacement de la grandeur de ma main, que je broderai la coupure couture de cette terrible coutume.
Je brode. Le fil rouge, celui de la filiation, de la transmission, celui du sang des menstrues, le rouge de la violence de la mutilation, le rouge de la vie qui continue au-delà du traumatisme. L’aiguille tire le fil, traverse le linge, la chair. Le geste marque la toile, à la croisure des fibres il inscrit, dessine ce qui ne peut être nommé. Broder n’enjolive pas une histoire terriblement ancienne, mais couture, rassemble les chairs blessées, les âmes déchirées. Besoin de chercher une nouvelle manière de broder. Exit le point de tige, trop propre, trop fluide. Le point de couture s’impose et pour cause. Le couturage au fil de métal me fait mal aux doigts.
Les trois robes sont accrochées côte à côte. Claires, elles ressortent dans la pénombre. Je les regarde. Mon corps est parcouru d’un profond frisson, un cri silencieux monte en moi.
Comment l’espèce humaine a-t-elle pu, au cœur de la nuit des temps, créer pareil rituel ? La cicatrice d’une épisiotomie vieille de 30 ans se réveille. J’ai mal pour toutes ces femmes mutilées.
Une 4ème robe plus blanche, plus fine et féminine porte la broderie du sexe féminin entier, vulve et clitoris, au point de tige. C’est beau, ça fait du bien.
La broderie devient réparation.
EX à l’extérieur de soi
Cision coupure d’une partie de soi
L’excision sévit toujours ailleurs et chez nous, des milliers de petites filles sont encore excisées tous les jours.
Mais au-delà de cette coutume ancestrale, ou de cette pratique réalisée dans certains hôpitaux parisien au 19ème siècle pour « soigner » l’hystérie féminine, peut-on se poser la question de l’existence d’une excision mentale, morale, psychique ?
Notre bonne société européenne patriarcale n’a-t-elle pas créé des carcans, des empêchements et dénis, des béances et des peurs qui se transmettent de génération en génération ?
Combien de femmes, ici, chez nous sont totalement libres dans leur corps, dans leur tête, dans leur désir, dans leur plaisir ?
Combien de femmes vivent leur entièreté ?
Sujet encore très tabou.
Une réparation est possible en France ou au Burkina Faso par le docteur Foldès. C’est un long chemin physiologique et psychologique.
Installation, broderie de fil rouge de coton perlé et points en fil de laiton sur 4 robes anciennes en lin – le portant : H 2,20 m et L 2,45 m – 2020
Ce travail est en cours. D’autres robes EX cisées sont en gestation.
